Si c’est un animal

Bien le bonjour hijos et hijas de putos et de putas, c’est après avoir lu le torchon d’une pouf de salon qui taxait les végétariens de dégénérescence alimentaire que j’ai eu envie de venir distribuer quelques bifles au moyen de mon sexe laser (vous n’êtes pas sans savoir que, dans le milieu, je me prénomme Enculator la tarlouze blonde qui semble avoir un furet mort sur la gueule et qui se sape avec des pantalons si serrés que sa voix en devient comparable à celle d’un ado en phase de mue). Dans la mesure où j’ai juste envie de rendre mes pâtes au pesto quand je vois défiler les vidéos des abattoirs dans mon fil d’actualité facebook, je me demande vraiment comment ce trou à jus du diable peut débiter des conneries pareilles et me vois dans l’obligation de lui laver la bouche au destop et de la suspendre par l’armature de son soutien-gorge à un feu tricolore de cette manière.

Mais sérieux comment peut-on, en voyant des vidéos aussi trash que ta mère en mini short, continuer à promouvoir un fuck généralisé pour ce qui concerne les droits des animaux putain de merde. Je sais bien que l’humain est irréductiblement crétin et incorrigiblement arrogant mais putain il est quand même doué d’une sensibilité NON ?! Oh tiens mais que vois-je qui se fait la malle par la fenêtre de ma chambre quand je lis de telles inepties ? LA DIGNITE DES ANIMAUX. Bande de fdp.

SALE PUTE

Toi aussi tu veux savoir si cette fille est une pute? Envoie « je veux la dépouiller de sa peau pendant qu’elle est encore vivante puis presser un citron au-dessus d’elle puis la saupoudrer avec du sel » au 8 12 12

Je rassemble donc toutes les forces verbales qu’il me reste pour détruire pour la 1654653165987954651ème fois vos arguments préhistorico-débiles même si au fond, autant me faire une soupe de lames de rasoir rouillées. Mais le devoir m’appelant, en revêtant la forme de poussins broyés, me voici donc parti pour énumérer un à un les arguments les plus colossalement cons du pays des débilités, encore abondamment convoqués par tout un tas de dégénérés avec lesquels je suis encore obligé de cohabiter quelques années, jusqu’à être riche pour vivre en ermite entouré de 18 terre-neuves et 36 cochons nains (AKA l’une des trois choses qui me fait supporter le fait d’être en vie avec le martini blanc et le fait de pouvoir mettre mon zizi dans l’œsophage des gens). Trêve de lol :

Argument préhistorico-filsdeputo-débile number one (AKA l’argument d’une normativité naturelle) : « Nn mé en fèt c naturel de mangé d animo lom é omnivor lol ». Putain la logique de cette meuf est transcendante, qu’on lui donne un cookie s’il vous plaît. Ou un coup de planche dans le front : Bon alors écoute moi sombre truie : t’as pas l’impression que c’est légèrement paradoxal de convoquer une éventuelle normativité de l’ordre naturel alors que tu as tellement abusé de la liposuccion que tu ressembles à un cintre humain, que tu ne peux plus voir tes pieds tellement tu t’es fait refaire les nibards, que je ne dénombre pas moins de 17 couleurs différentes sur ton faciès de débile sociale et que la seule chose qui soit naturelle chez toi, c’est le motif léopard sur tes bottes à lacets de grosse pute ? Donc pour tous les autistes férus de cet argument dont la débilité n’a d’égal que la présomption, je vous invite à assumer votre mocheté, à ne point aller voir le médecin quand vous chopperez le cancer pour la simple raison « ke c pa naturel mdr ». En clair cet argument bidon tu es mignonne mais tu te le gardes, au pire tu l’écris dans ton journal intime juste en dessous de « Dear diary je suis amoureuse de Maxime Leblond qui ne me calcule même pas ma vie est horrible » et tu offres au susdit journal une visite guidée des profondeurs de ton cul.

L'HOMME EST UN CON

Argument préhistorico–*filsdeputo-débile number two (AKA l’argument d’une normativité culturelle, qui contredit le premier parce que ces fdp sont incapables d’aligner deux putains d’idées) : Parce que non l’ordre naturel, c’est pas une putain de carte postale, et on ne peut pas dire « jador la natur c com kan ya un chio ki joue ac un chaton dans lé cokelico tu voi je sui une meuf ki ador lenvironement » pour le lendemain ressortir l’autre argument qui est son exact opposé et que voici : « nn mé lom é culturel il a une rézon il doi se rend mètr et pocéceur de la natur », remarque d’autant plus mal venue que tu as trois neurones qui font du tourisme et le QI d’une carpe. Non l’homme ne DOIT pas bouffer des animaux parce que c’est naturel. Il n’y a pas de plan préétabli pensé par un Dieu parce qu’il n’y a pas de Dieu pour la très basique raison que s’il y en avait un il ferait en sorte que l’aigle que tu vois voleter là-haut descende maintenant en piqué pour gentiment repartir avec ton œil. L’homme est effectivement essentiellement culturel, et incontestablement doté d’une raison mais c’est précisément pour ça qu’il devrait se dire  : « tiens c’est peut-être pas super cool d’attacher une brebis au plancher de l’abattoir, de lui trancher la gorge et de lui tourner la tête jusqu’à ce qu’elle se détache gentiment du reste du corps, sans étourdissement préalable, rien que pour l’éventrer, extraire les bébés de son ventre et utiliser leur fourrure ? » (Cf. Fabrication de la fourrure d’Astrakan, vous pouvez aller checker sur google images mais déposez au préalable ce cookie que vous vous apprêtiez à avaler parce qu’il risque fortement de faire un aller-retour). En gros de deux choses l’une : soit vous endossez le premier argument et alors ben à la niche meuf, soit vous endossez le second et alors justement vous devez eo ipso (latinum amo vere) reconnaître qu’abattre les animaux comme on le fait NON ce n’est pas raisonnable, MAIS vous n’endosserez pas les deux parce qu’il y a une couille dans la conceptualisation. Tu m’excuseras mais quand je vois que t’es capable de faire endurer à des animaux ce que moi je ne PEUX PHYSIQUEMENT ET PSYCHOLOGIQUEMENT pas visionner, c’est que tu as un tout léger pitit problème ou un gros pète au casque : « Nous pouvons juger le cœur d’un homme par son comportement envers les animaux. » Oui le mec nous sort une citation de la première connasse qui a travaillé pour une ONG de défense des animaux ? Bah non les gars, c’est Kant qui a écrit ça. Et Kant, il est pas trop trop con me semble-t-il.

« Devant les trônes des animaux, les hommes se tenaient en toute humilité, attendant leur condamnation » Élias Canetti

Argument préhistorico-filsdeputo-débile number three (AKA la très originale thèse de l’animal-machine) : « lé animo soufre pa izon pa de conscience c Décarte pokémon ki la di lol ». Alors là pour le coup, j’ai juste envie de t’enculer avec une poignée de sable et de gentiment t’ôter la vie parce que outre que Descartes était un con, si putain, les animaux souffrent. Mais c’est quoi cet argument complètement con. Non ben non ils soufrent pas en fait, ils gesticulent dans tous les sens en couinant comme ta mère quand elle a subi une épisiotomie (même remarque que pour la fourrure d’Astrakan) juste pour se donner un style, cette gesticulation est toute culturelle, forme d’homéostasie sociale. Je sais pas si j’ai trop trop besoin d’argumenter plus avant vu que la connerie de cet argument est quasi-transparente. Parce que jusqu’à preuve du contraire, personne ne sait ce que c’est d’être animal pour la simple et bonne raison que, comme vous aimez à le rappeler, il y a une différence irréductible entre eux et nous qui ne devrait pas impliquer une dévaluation ontologique. Et Françoise Armengaud (Françoise je te love ❤ ) de conclure, vous faisant ravaler vos arguments, puis votre arrogance, puis votre amour-propre, puis 1kg de caoutchouc, puis 3 couteaux de boucher et enfin un cactus : « Mais ce ne sont pas les gens qui reconnaissent la souffrance des animaux qu’il convient d’accuser d’anthropomorphisme, car ils ont de bonnes raisons, fondées sur ce qu’on sait de l’évolution, de la physiologie, du comportement. En revanche, ce sont plutôt ceux qui dénient la souffrance des animaux sous prétexte que leur comportement n’est pas identique au nôtre, qui pratiquent l’anthropomorphisme. Qui, en effet, sinon un individu affecté de l’anthropomorphisme le plus sommaire s’attendrait à ce que l’expression des sentiments chez les animaux soit rigoureusement semblable à la nôtre. » : En langage de bourrin ça donne : quand tu penses que les animaux souffrent, c’est normal parce que quelques rudiments de la théorie de l’évolution suffisent pour comprendre que la vie implique la sensibilité, et qu’elle en est le corrélat. Si l’animal ne ressentait rien, il serait un caillou, donc c’est plutôt du « technomorphisme » comme le relève l’auteur que de l’anthropomorphisme. Et c’est justement l’anthropomorphe « le plus sommaire » car le plus réducteur et le plus exclusif qui dénierait toute souffrance à l’animal car il a une façon de sentir différente de la sienne. En fait, c’est même plus de l’anthropomorphisation, c’est de l’egomorphisation, c’est du nazisme. C’est dire que tout ce qui ressent de manière différente de moi, c’est caca.

petit cohnou loulou

 Oui je sais cette pétition est plus d’actualité mais cette photo est lamentable et transpire la tristesse par tous ses pixels

Argument préhistorico-filsdeputo-débile number four : « nn mé mec t 1 hom donc tu vi pour lé hom sof si t sadomaso pck je pe me moké 2 twa com voltair lavé fé de Rousso mdr ». Ben ouais mais je suis blond aux yeux bleus également, donc en toute rigueur, je devrais peut-être également gazer tous ceux qui ne le sont pas pour améliorer la race des blonds aux yeux bleus non ? MAIS ATTENDS ON L’AURAIT PAS DEJA FAIT ET CA AVAIT PAS TROP TROP BIEN FONCTIONNE ? Donc l’invitation de Kant à prendre l’homme pour une fin et non comme un moyen doit être étendu à TOUTES les formes de vie sans quoi il se détruit de lui-même. Voilà merci au revoir shut the fuck up mange un frein et le deuxième cookie qu’on te tend stp. Là encore je vous laisse avec une citation du boss de la sociologie, j’ai nommé Lévi-Strauss, afin qu’il vous fendît comme de vulgaires rondins de bois : « On a commencé par couper l’homme de la nature, et par le constituer en règne souverain ; on a cru ainsi effacer son caractère le plus irrécusable, à savoir qu’il est d’abord un être vivant. Et, en restant aveugle à cette propriété commune, on a donné champ libre à tous les abus. Jamais mieux qu’au terme des quatre derniers siècles de son histoire, l’homme occidental ne put-il comprendre qu’en s’arrogeant le droit de séparer radicalement l’humanité de l’animalité, en accordant à l’une tout ce qu’il retirait à l’autre, il ouvrait un cycle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter des hommes d’autres hommes, et à revendiquer, au profit de minorités toujours plus restreintes, le privilège d’un humanisme corrompu aussitôt né pour avoir emprunté à l’amour-propre son principe et sa notion ». (Bon je sais ça fait un peu arguments d’autorité depuis tout à l’heure mais je vois que j’ai déjà écrit trop de mots dans cet article et je caresse le doux espoir que vous le lisiez en entier donc j’ai pas le temps de plus m’arrêter sur toutes les citations)

« Chaque cri du lièvre traqué

Arrache une fibre de nos cerveaux »

William Blake

Argument préhistorico-filsdeputo-débile number five : corollaire de l’argument préhistorico-filsdeputo-débile number four : ayez au moins la décence d’aller jusqu’au bout de la logique. Si les animaux doivent nous servir, autant bien les traiter, ça nous évitera de bouffer des médicaments sur pattes et des poulets qui ont baigné dans leur merde. A force de niquer la nature, elle n’existera plus et on ne pourra plus respirer mdr. On est juste en train de reculer pour mieux sauter. C’est un peu comme si Buzz l’éclair sautait en criant « Vers l’infini et au-delà »…. sur une hélice d’hélico en marche. « Nn mé biento on saura respiré é tout san la natur grace a la science mdr ». Alors tu as l’air gentille mais je vais devoir t’immoler quand même. Déjà ma grande c’est quand même largement discutable. Ensuite penser qu’on peut foutre notre environnement en l’air parce qu’on arrivera par la force des choses à s’en passer, c’est comme aller pécho sur un site de rencontre quelqu’un qui maîtrise très bien photoshop, l’issue est incertaine, c’est une idée de merde à enterrer aux côtés de votre résolution de relire vos cours en revenant de la fac et d’arrêter de fumer. Breeef, lis Bergson et tais-toi.

Trop mignon

Franchement ça va me cassez pas les couilles parce que j’ai foutu une seule photo crade. Vous bouffez de la viande, vous avez qu’à voir la gueule de ce que vous mangez et assumer ou vous allez tâter de cette chose

To put it in a nutshell : Ceux qui défendent les droits des animaux et l’environnement ne sont pas des dégénérés irrationnels, ils sont plus rationnels que vous bande de fdp. Putain de merde la tolérance est la première loi de la nature et la plus universelle, où du moins elle devrait être instaurée (juste après celle de s’enculer pour se dire bonjour d’ailleurs, ce qui m’a saoulé parce que j’ai cru que c’était la suite logique de l’adoption du mariage pour tous, quelle ne fut pas ma déception en voyant qu’Hollande était à ce point mou du genou) mais s’étendre à d’autres formes de vie que l’homme. Je termine avec une autre citation d’Armengaud, son ouvrage est vraiment un de ceux qui m’a le plus marqué cette année parce que c’est une des rares philosophes qui arrivent à faire conjuguer la froideur philosophique avec la passionnelle poésie : « La projection sur l’autre de sa défaillance propre n’est qu’un fragile exorcisme, et il serait dommage que l’honneur des hommes ne trouvât à se fonder que sur le mépris de l’animal »

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Orgueil et préjugés

J’étais en train de bingewatcher les Tudors, série qui, comme toute série historique où les poignards luisent sous les pourpoints pour cacher des secrets d’alcôve, rassemble une bonne partie des éléments cinématographiques qui ne sont pas pour me déplaire (aka le cul, la violence et le vin, avec le rock’n’roll en moins) quand j’ai eu envie de succomber à l’irrésistible envie de dégommer du mâle à l’AK-47. Y’avait en effet un putain de truc qui clochait et m’empêchait de jouir impunément de la créativité sans égal du moyen-âge en matière de torture : la manière dont les femmes étaient traitées à l’époque des Tudors entrait douloureusement en résonance avec la manière dont elles sont traitées à l’époque de Hollande.

Jolie lily

(Par contre les images de cet article vont être un peu Lily Alleno-centrés parce que je la kiffe et qu’elle est belle et que c’est une putain de féministe)

Le vagin de la raison s’imposant lentement à moi (pour la finesse, on repassera), je me suis vu en proie à une illumination toute divine : le truc qui cloche ce n’est pas que MOI, je puisse me fringuer comme je veux sans prendre quelques réflexions d’assez mauvais goût dans la gueule, ce n’est pas que MOI, je puisse faire du stop quand je veux sans risquer de me faire délicatement déflorer par un frustré du zboub, ce n’est pas que MOI, je puisse me rendre où je veux sans qu’une sous-pédale vienne innocemment m’inviter à écarter les seins pour qu’il y loge son chibre. En fait, le truc qui cloche, c’est que si même un homosexuel de 20 ans, étudiant en philosophie, révolté contre toute sorte de racisme et viscéralement allergique à toute forme d’inégalités ne s’est mis à percevoir que laborieusement le hiatus qui existe toujours entre le cadre de libertés dont jouit une femme et celui dont jouit un homme, qui le percevra?

Si le féminisme (terme qui devrait quand même nous inviter à nous dire : « euh les gars vous pensez pas que le viol c’est peut-être pas trop cool pour les femmes fin jveux dire je sais vous dites elles aiment ça ces salopes mais jsuis pas trop sûr y’en a vraiment elles font des têtes bizarres vous êtes sûrs qu’elles kiffent trop leur mère ? ») constitue, plus que jamais, une cause qui mériterait qu’on se batte pour elle, c’est simplement parce qu’elle apparaît comme une cause vide de sens, dont toute crédibilité tend à se réduire comme peau de chagrin. Quand je vois que Marine trouve un terreau si fertile pour développer une politique raciste, réactionnaire et sexiste, j’ai légèrement l’impression que le problème ce n’est pas qu’en moyenne, une femme sur trois est battue dans le monde mais qu’une femme sur trois accepte d’être battue dans le monde, ce n’est pas que le premier sexe ne se rend pas compte qu’il jouit de plus de libertés que le deuxième sexe, mais que le deuxième sexe ne se rend plus compte qu’il jouit de moins de libertés que le premier sexe, ce n’est pas que l’homme norme la femme, c’est que la femme accepte d’être normée par l’homme. Je ne veux évidemment pas reconduire toute femme battue à une masochiste écervelée, mais j’ai légèrement l’impression que la normativité masculine traditionnelle a fini par porter ses fruits. Que les hommes ne comprennent pas le féminisme, ça fait chier mais passe encore, si les femmes se mettent à ne plus le comprendre, on est grave dans la merde.

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Le sexisme ne s’est sans doute jamais développé de manière aussi vicieuse qu’à l’ère de l’individualisme. Vicieusement car il peut désormais éhontément s’insinuer dans les interstices de la légalité et revêtir le masque de la légitimité. On s’explique alors bien qu’il constitue une cause qui brille par sa nécessité. Car ce n’est en réalité pas quand un débat donne lieu à une véritable guerre médiatique et dessine deux camps univoques et rigoureusement antagonistes qu’il devient nécessaire, c’est au contraire quand on ne lui reconnaît plus guère le statut de débat. Reste plus qu’à espérer que l’îlot féministe qui vivote plus qu’il ne vit subsiste encore assez longtemps pour renaître de ses cendres et résister à l’océan spermatique qui tend à l’engloutir. (Mé mdr le mec c pri pour Homèr ou kwa lol Homèr sor de ce cor ptdr)

C’est peut-être parce que je m’improvise tout juste féministe et que je ne me suis jamais beaucoup intéressé à la question que je pense ainsi, mais j’ai la douloureuse impression que les femmes, irréversiblement normées par les hommes, sont de moins en moins nombreuses à percevoir une différence de traitement entre elles et les hommes, leur nombre étant alors inversement proportionnel à celui des femmes qui ont intériorisé une frauduleuse infériorité, laissant leur raison prendre congé d’elle-même. On est en 2016, mais une paire de couilles constitue encore une preuve ontologique.

Lily allen philosoophi

A mon sens, les hommes et les femmes ne sont pas égaux par nature. Mais il ne s’ensuit pas que les hommes et les femmes soient inégaux par nature. Il y a selon mon humble avis entre un homme et une femme (au moins) une différence génétique irréductible certes, mais toute qualitative. Le problème, c’est qu’engoncés dans l’orgueil de traditions obsolètes, on a fait de cette différence une différence toute quantitative. C’est sur ce point précisément qu’il y a une continuité dans la manière dont ont été traitées les femmes de la période des Tudors à la période de Hollande (période au demeurant légèrement moins swag). Je vais me laisser aller à quelques clichés mais pour moi c’est clair qu’une femme a, d’un point de vue purement statistique, moins de force physique qu’un homme (Force qui permettra à ce dernier de la tabasser dès qu’elle ne se montrera pas assez docile. C’est dire comme la justice a encore un long bout de chemin à faire et n’est pas au bout de ses peines.) mais, pardonnez-moi pour la naïveté de mes propos, elle a d’autres facultés radicalement inaccessibles à l’homme. Malheureusement, la force est toujours plus normative que la justice. « Et ainsi, ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. » disait déjà Pascal il y a quatre siècles… Salut on est en 2016..

Encore cloisonnée par la traditionnelle hiérarchisation des formes de vie, au sommet de laquelle on s’est arrogé le droit de placer la raison toute-puissante, notre société se développe encore et en dépit des apparences dans une atmosphère misogyne qui a la vie dure. Mais il suffirait précisément de rendre obsolète, une bonne fois pour toutes, cette hiérarchie pour désamorcer toute forme de racisme à la racine. Car c’est sur sa base qu’Adolf a pu gazer un bon paquet de Juifs, c’est sur sa base que notre mascotte nationale a pu réduire l’animal a une machine, c’est sur sa base enfin qu’on peut battre une femme sur trois dans le monde. Primitivement, toute forme d’altérité est ipso facto ontologiquement dévaluée, sa différence étant perçue comme une différence d’emblée quantitative et non qualitative. (Attention par contre, je ne dis pas qu’une femme n’est pas dotée d’une raison à l’instar de l’homme, ce que pourrait laisser croire la hiérarchie que j’ai mise en évidence, d’autant que le contraire serait plus vraisemblable, je dis seulement que c’est ce qu’on croyait originellement)

Lily allen mdr

Tout comme le roi Midas transformait tout ce qu’il touchait en or, l’homme transformera tout ce qu’il touche en homme. Les hommes forgeront eux-mêmes leur vision de l’homme, leur discours sur l’homme, leur éthique sur l’homme et forceront toute forme d’altérité à rentrer dans le moule du bûcheron, réprimant et écrasant tout ce qui est trop rigide pour se dire dans le langage de la testostérone. D’emblée jugés à l’aune de la masculinité, d’emblée perçus à travers le prisme de la virilité, les étrangers, les animaux, et enfin les femmes, ne peuvent qu’être conçus comme étant quantitativement inférieurs à l’homme, systématiquement en défaut ontologique vis-à-vis de lui.

D’où du coup, une « construction » toute culturelle, littéralement, de la femme dont Putain de Nelly Arcan livre le triste témoignage : « (…) oui, une femme c’est tout ça, écrit-elle, ce n’est que ça, infiniment navrante, une poupée, une schtroumpfette, une putain, un être qui fait de sa vie une vie de larve qui ne bouge que pour qu’on la voie bouger, qui n’agit que pour se montrer agir, et ce n’est pas fini car il faut qu’elle soit la seule de son genre pour faire son bonheur, l’unique schtroumpfette du village au milieu de ses cent schtroumpfs, ni mère ni fille de personne, pure coquette qui n’existe que par sa coquetterie, la représentante de la race de celles qui ne sont ni mère ni fille, qui ne sont là que pour faire bander et continuellement s’assurer qu’elles peuvent faire bander, au plus grand plaisir de tous car les hommes n’ont rien à foutre des mères et des filles, ils veulent pouvoir les baiser toutes, même leur mère ou leur fille (…) ». On me dira que l’inverse est vrai aussi, que c’est la société qui tend à mettre en conformité la configuration physique avec les préférences sexuelles dominantes, mais rien n’est moins sûr… J’ai pas l’impression que les femmes kiffent particulièrement bouffer des poils donc on s’organise un samedi épilateur et on en reparle ok ? Quoi qu’on en dise, ce sera toujours plus vrai dans un sens que dans l’autre.

Real unicorns have curves

Je ne suis plus sûr du bouquin, mais il me semble que c’était dans un roman d’Hervé Bazin que l’auteur écrivait que « quand on aime les animaux, on les aime contre les hommes » et que par conséquent on ne pouvait, moralement parlant, trop les aimer. Ben non, y’a une couille dans le potage au niveau de la conclusion: outre que cette phrase est susceptible d’être élargie à toute forme d’altérité (pour une féministe qui n’a que trop conscience des abus du sexe fort à son égard par exemple, c’est clair que « quand on aime les [femmes], on [ne peut que les aimer] contre les hommes ») elle se conclut foncièrement illogiquement ! Si tout tend à devenir unilatéralement et exclusivement déterminé par la paire de couilles, ça peut être pas mal de faire un pas en arrière salutaire, d’adopter une vision panoramique féconde, de créer de nouvelles grilles de lectures féministes et de faire en sorte qu’une femme soit enfin jugée à l’aune d’un critère féminin.

Bref, tout ça pour dire à ceux qui se disent « putain qu’est-ce que je serais devenu sans mon papa » qu’il faut le nuancer par « qu’est-ce que je serais devenu sans ma maman », qu’il serait grand temps qu’une femme bénéficie de droits susceptibles de rééquilibrer la balance et de faire contrepoids contre une force physique qui ne devrait plus avoir son mot à dire dans la justice, qu’une femme c’est swag et beau (c’est un mec qui est pd comme un foc qui vous dit ça d’ailleurs!), et plus généralement que « la femme est l’avenir de l’homme ». (Quand j’y pense ça fait chier les gonz que vous ayez un vagin, ça aurait vraiment pu passer crème et on aurait pu vivre des trucs sympas mais bon tant pis tampax)

J’ai envie de vous laisser avec une belle chanson de Zazie. J’ai appris y’a pas très longtemps, honte à moi, qu’elle s’était donnée ce surnom en référence à la Zazie de Queneau. Vue la profondeur des textes de Zazie, masquée sous une naïveté apparente, vu la vérité de ses propos, maquillés par un langage qui parle à tous, la chanteuse Zazie, c’est bien la Zazie de Queneau qui fout le monde face à ses réalités et lui tend systématiquement le miroir de sa connerie.

Sur ce je vous laisse les gars et n’oubliez pas : toutes des salopes sauf maman.

Les Faux-savants

C’est encore une fois alors que j’arpentais les confins de l’État d’ébriété que l’idée de cet article, dans une fulgurance qui secoue la torpeur, est venue s’imposer à moi. Ce fils de pute de cogito cartésien conservant ses droits même après une demi-douzaine de vodkas orange, je me suis senti investi de la mission divine d’impitoyablement sodomiser à sec toute forme d’intello jusqu’à lui faire chier du sang.

Je me suis en effet vu demander si j’avais réellement l’impression que mes études avaient une utilité concrète dans une société aussi enlisée dans le pragmatisme que DSK dans une femme de chambre la nôtre : question qui me fait immanquablement l’effet d’un coup de planche dans les burnes et à laquelle j’oppose toujours un front d’airain qui en réalité masque une conviction ridiculement plate. Aimant comme vous ne le savez que trop, jouer le philosophe à deux francs six sous à mes heures toujours perdues, je décide aujourd’hui de me pencher sur la question sans tomber (paye ta vanne éminemment kev adamsienne)

Je n’ai sans doute jamais avalé autant de bouquins que cette année et n’ai jamais vécu de période aussi intellectuellement stimulante que mon année de licence. Dans le même temps, je me cogne magistralement de toute forme d’actualité, je ne parle plus jamais de ce qui me semble engagé parce que j’en ai plein le cul d’avoir l’impression de marcher sur des œufs à chaque soirée et, comble des horreurs, j’ai acheté des œufs de poules qui n’avaient même pas été élevées en plein air. (Bon j’avais pas fait exprès mais ça fait chier quand même). Simultanéité asymétrique qui fournit matière à réflexion puisque, quand j’invoque tout l’arsenal argumentatif du philosophe pour défendre les bienfaits de la culture, c’est illégitimement que je le fais : dans mon cas comme dans celui de beaucoup d’autres, la réflexion n’a strictement aucun intérêt.

Courir après la Culture dans le but d’appréhender le plus rigoureusement son monde constitue déjà un moyen honorable de faire avancer le schmilblick me direz-vous ? En fait bof. A la limite l’éboueur est plus utile. Se cantonner aux hautes sphères de l’abstraction ou s’en branler comme de son arrière-grand-mère, c’est tout un : concrètement, ça ne change rien. En réalité, cela contribue à imposer un élitisme de la pensée, aux dépens de quelques uns qui y voient alors l’apanage de quelques intellos. Et à partir du moment où beaucoup se demandent à quoi sert la philosophie, c’est que la question se pose.

S’ajoute en plus à cela un mépris généralisé à l’endroit de tous ceux qui gardent le naïf espoir de faire bouger les choses. Tous les pseudos-révolutionnaires qui passent leur temps à partager des articles sur facebook et à ouvrir leur gueule dès qu’un truc n’est pas en conformité avec leurs idées, faut pas se voiler la face, on n’a pour eux que du mépris. Pourtant, ce sont seulement ces braves gens qui au fond sont susceptibles d’un tant soit peu faire fluctuer les idées dominantes. Il va sans dire que ce ne sont pas les deux trois idées boboïsantes et stagnantes qu’on partage complètement ronds en fin de soirée qui vont servir à quelque chose, pour la simple et bonne raison qu’on les partage complètement ronds.

Le King (aka Kant) avait remarquablement mis en évidence une forme de « misologie » (littéralement « haine de la raison ») qui intervenait en gros quand on a bouffé trop de bouquins et qui viendrait d’une prise de conscience de ce que le but de la vie ne doit pas être une fabrication de soi toute intellectualisée mais une mise en conformité de ses actions avec les exigences de la loi morale. Plus exactement, je pense que cette haine de la raison survient précisément quand le lien entre la connaissance abstraite et l’action concrète ne peut plus être établi, quand la vie intellectuelle ne constitue plus un horizon pour l’agir humain. C’est justement quand la raison s’est tellement détachée du réel qui lui a pourtant permis de prendre son envol qu’elle ne se comprend plus.

Dans L’Immoraliste, Gide écrivait en ce sens : « Savez-vous ce qui fait de la poésie aujourd’hui et de la philosophie surtout, lettres mortes ? C’est qu’elles se sont séparées de la vie. La Grèce, elle, idéalisait à même la vie ; de sorte que la vie de l’artiste était elle-même déjà une réalisation poétique ; la vie du philosophe, une mise en action de sa philosophie ; de sorte aussi que, mêlées à la vie, au lieu de s’ignorer, la philosophie alimentant la poésie, la poésie exprimant la philosophie, cela était d’une persuasion admirable. Aujourd’hui la beauté n’agit plus ; l’action ne s’inquiète plus d’être belle ; et la sagesse opère à part. »

En réalité, tout notre savoir entassé, amoncelé et accumulé en devient irrémédiablement sédimenté, fragmenté et morcelé sans aucune chance d’être jamais réactivé. S’il fallait citer un trait caractéristique de la société actuelle, ce serait celui-là. En Grèce, la vie intellectuelle était immédiatement superposée à la vie concrète, aujourd’hui, les couches qui séparent la première de la seconde sont innombrables. La moindre des choses dans ces conditions, c’est de rendre au concret ce qui est au concret, de fournir à la matière ce dont on l’a dépouillée, sans quoi toute connaissance tend à s’envoler en fumée intellectualiste.

Ainsi finit-on par substituer à notre monde concret un monde cartésien d’idéalités, sans saveurs, sans couleurs, sans qualités. Si Sartre taxe le personnage de l’autodidacte d’idéalisme dans la Nausée, c’est parce que ce dernier dit aimer l’homme alors qu’il n’aime pas les hommes, qu’en humaniste, il finit par préférer l’idée de l’homme à l’homme concret.

Je me rends souvent compte qu’en réalité, ce n’est pas quand je lis telle ou telle œuvre que j’en comprends le sens. Sans corps, sans contenu, le sens n’en est compris qu’intellectuellement et fonctionne à vide. C’est en fait en vivant tel ou tel truc, quand la réalité coïncide avec l’abstraction qui s’y superpose, que telle pensée se concrétise et que je l’appréhende dans toute son ampleur.

Bref, tout ce long discours on ne peut plus nicolas hulotien et moralisateur pour dire que ma résolution pour 2016 sera de redevenir végétarien, d’insulter ces succédanés de racistes dont les propos sont si hardcore que Marion trouverait matière à se doigter pour un siècle, et de simplement me servir de ce que j’apprends pour tenter de rendre ce monde un tantinet moins merdique pour la simple bonne raison qu’il s’agit du devoir le plus élémentaire de l’homme.

Je termine cet article avec un extrait des remarquables Variations Goldberg de Nancy Huston (auteur dont je vous conseille vivement la lecture parce que c’est grave de la bombe!) : « Ils savent qu’ils vivent dans un monde horrible mais ils sont impuissants à le changer, tout ce qu’ils peuvent faire c’est essayer d’atténuer leur culpabilité d’intellectuels de gauche. Avec Nathalie on a envie de faire un film qui s’appellerait l’Intellectuel de gauche. Le héros c’est un cheval. Il se promène sur une route de campagne. C’est une belle journée ensoleillée de printemps. Les feuillages des arbres se mélangent au-dessus de la tête. Les oiseaux gazouillent. (…) Il porte des œillères. (…) Ensuite, très lentement, la caméra se déplace. Dans les fossés qui longent la route, elle découvre des cadavres en train de se décomposer. Des enfants en train de crever de faim. Des mendiantes, la main squelettique tendue, les yeux hallucinés. Dans les branches des arbres, on voit des hommes pendus. Ce sont des Noirs lynchés. (…) Plus loin encore, dans l’arrière-plan, ce qui ressemblait à une montagne s’avère être les monceaux infinis de juifs gazés à Auschwitz (…) Petit à petit on commence à entendre des gémissements, des plaintes, des cris d’agonie qui viennent s’ajouter au gazouillement des oiseaux. Ces sons augmentent jusqu’à devenir insupportables, à mesure que la caméra inclut dans son champ le paysage de plus en plus étendu des horreurs que l’humanité s’est infligées. »

Pour qui sonne le glas

C’est parce que j’ai les dents du fond qui baignent chaque fois que je lis le mot « humanité », qu’un intolérable frisson court le long de ma colonne vertébrale me glaçant jusqu’aux os chaque fois que je passe devant un journal et que je me rends compte que j’ai besoin de 129 cadavres pour que naisse en moi l’envie irrépressible d’écrire « free hugs » sur une pancarte et de me foutre au milieu de la rue alors que dieu sait que je suis allergique à toute forme de sentimentalisme, que j’ai envie d’adopter la plume la plus acérée possible pour disqualifier au moins 8 fils de pute de l’humanité.

Car il y a bien des exceptions à la règle selon laquelle « chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition » et elles sont au moins au nombre de 8. Car on devrait avoir le droit d’extirper jusqu’à la racine toute trace d’humanité en ceux qui se permettent de la nier chez les autres, on devrait avoir le droit de refuser absolument et radicalement toute identification entre nous et ceux qui tentent de saper jusqu’au fondement ce qu’il lui reste de moralité, on devrait avoir le droit de circonscrire un champ de validité du statut d’homme pour lui soustraire ceux qui en ont de toute façon tellement outrepassé les bornes qu’ils s’en sont soustraits eux-mêmes. Ça serait que justice.

Ça me fout profondément les boules de savoir que ces mecs ne liront jamais ces lignes qu’au fond, c’est à eux que j’aimerais le plus adresser. On ne saura jamais si le lavage de cerveaux qu’ils ont subi était irréversible, s’ils n’ont pas éprouvé un semblant de compassion en lisant l’effroi dans les yeux des innocents qu’ils ont descendu un par un comme des chiens, s’ils auraient fini par mesurer l’ampleur de leur connerie, s’ils auraient fini par réaliser qu’aucune croyance ne vaudra jamais le coup que l’on sacrifie une vie, s’ils auraient fini par comprendre que l’obscurantisme est une pute qui veut te prendre tout ce que t’as sauf qu’elle se fait payer en pensées.

Je me demande vraiment pourquoi je m’échine à étudier la philosophie, pourquoi je m’évertue à m’instruire, pourquoi je m’acharne à débattre sur les bienfaits de la culture dans un monde où la réflexion n’aura jamais qu’une prise si faible sur les hommes que le moindre coup de vent idéologique la fera immanquablement lâcher, où la pensée sera toujours plus faible que le dogme et ce qui fait notre humanité plus faible que ce qui nous l’ôte.

Pire encore, je me demande vraiment comment, après une preuve aussi brutale du danger de toute pensée unilatérale et exclusive, des gens sont encore capables de préférer fragmenter, segmenter, diviser l’humanité, en accentuer des clivages artificiels et factices, plutôt que de la voir se rassembler par la compassion et la fraternité. Je me demande comment des gens peuvent avoir avec cela assez de place pour la haine et comment ils peuvent vouloir réduire un peu plus une humanité qui compte encore les membres qu’elle a perdu.

Y’a plus qu’à s’accrocher à ce doux frisson de compassion qui court le long de nos corps depuis vendredi soir pour nous rappeler qu’on est tous frères et que la liberté se rebelle, se révolte, se rebiffe, se redresse, qu’elle réagit, conteste, résiste, repousse, qu’elle tient tête, fait front, qu’elle se faufile, se glisse, s’immisce et que toujours elle surmonte, vainc et triomphe.

La promesse de l’aube

Le soleil un peu plus assassin chaque jour faisant de moi une grosse feignasse devant puiser dans les derniers vestiges de sa volonté pour lever son gros cul et se faire un café, j’ai tout le loisir de réfléchir à mes perspectives d’avenir ou autrement dit de m’égarer dans les limbes de l’anxiété. Mirage ou miroir aux alouettes, la prépa m’a impunément fait miroiter monts et merveilles pour ensuite ne me laisser que mes yeux pour pleurer et c’est par conséquent avec une rancoeur féroce -on ne se refait pas- que je tiens à mettre en position foetale tous ces putains d’ersatz d’êtres humain de fdp qui sont responsables de mon futur logement, à savoir un placard dans une chambre de bonne dans le 19ème arrondissement de Paris.

Vous l’aurez compris, pendant qu’armé d’une détermination sans faille je cherche la position qui conviendrait à un sommeil juste assez profond pour cuver mes 8 verres de trop et ne plus entendre ce sale guignol de SDF fini au pipi qui attend 4h du mat pour pousser des cris d’animaux dans la rue, en me mettant d’abord sur la droite puis sur la gauche puis sous la couette mais trop chaud du coup sur la couette mais trop froid du coup une jambe en dessous et une au dessus ouais mais y’a peut-être un dragon sous le lit qui s’amuse à bouffer tout ce qui dépasse donc dans le doute vaut mieux se foutre sous la couette et crever d’hyperthermie je me demande bien comment je vais faire pour avoir plus tard un salaire à la hauteur de mes espérances, somme toute assez limitées puisque je me contenterais très modestement d’un loft où siroter un mojito oklm avec mes amis les consanguins.

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Trêve de plaisanterie, la première catégorie de fdp sociale que j’ai envie de pourrir est majoritairement composée de jeunes étudiants dont les archétypes se trouvent d’une part en la personne d’un fieffé connard qui, quand j’ai du rentrer chez moi avant la fin d’une soirée parce que j’avais cours le lendemain parce que je suis en prépa parce que ma vie est aussi pitoyable que les gens qui portent des bonnets avec écrit « Swag » en plein été n’a rien trouvé de mieux à me dire que : « c’est ça vas-y, sacrifie ta jeunesse pour une poignée de dollars en plus » et en celle d’une dégénérée incontestablement bercée trop près du mur qui m’a sorti « non mais tsé moi j’ai jamais été faite pour les études mdr lol » et à qui j’ai eu envie de répondre « mais mdr espèce de grosse trimarde tu crois peut-être que j’ai été taillé pour lire des pavés si chiants comme la mort que je jurerais sentir la tombe après 50 pages » tout en dépouillant la concernée de ses omoplates à l’aide d’un pied de biche.

                                       

Si j’ai autant de haine à l’encontre de ces enfants du démon, c’est sans doute parce que dans le fin fond de leurs paroles aussi connes que grotesques est sondable une part de vérité cruellement intolérable. Car tandis que les jeunes étudiants sérieux et plein de bonne volonté se donnent un mal de chien à réussir, ils passent pour d’invétérés loosers stressés, casse-couilles et moralisateurs aux yeux desdits fdp et doivent décliner invitation à une soirée sur invitation à une soirée tout en y laissant une considérable partie de leur ego.

« La roue tournera » me dit-on lorsque je me plaignis plongé dans le désarroi le plus profond faisant part de mes doutes à mes homologues, pour me redonner un peu de courage la veille de versions latines toutes aussi intorchables les unes que les autres. Sauf que j’attends toujours que la roue tourne mais qu’elle stagne et se fout majestueusement de ma gueule.

Choisissant un aller simple pour pôle emploi une L3 de philo l’année prochaine pour poursuivre mes études, j’ai cruellement réalisé que, oui j’allais probablement me voir attribuer des notes de guerrier de la dissertation pendant un ou deux ans, du haut desquelles je pourrais regarder avec toute la condescendance que vous me connaissez les autres étudiants, mais qu’à la ligne d’arrivée, j’allais tout comme la plupart d’entre eux lamentablement me récher à l’agrégation, planchant sur des sujets aussi incompréhensibles que l’attribution des morts dans Games of Thrones, et finir professeur dans un lycée professionnel minable à vainement tenter de rendre intelligible l’épistémologie à des élèves qui n’en ont strictement rien à foutre.

Raison pour laquelle l’enthousiasme de mes camarades de khâgne en sortant de prison prépa est dans mon cas sensiblement le même que celui que j’éprouverais à l’idée d’aller me faire épiler la raie ou de bouffer une endive crue au goûter.

Alors oui, je pense avoir découvert ma passion et il est clair que pouvoir se targuer d’avoir découvert ce que l’on comptait faire tout au long de sa vie est sans conteste une récompense non négligeable mais au risque de passer pour un gros mouton pétri de consumérisme et de pragmatisme, je trouve que c’est un bien faible dédommagement… J’aimerais seulement que la tune soit pas en option puisque l’on en arrive à l’injuste paradoxe que voici : je ne gagnerai même pas assez de fric pour me payer les bouquins que j’ai étudié…

                              

Je suis sans doute petit et mesquin, mais je pense n’être qu’humain quand je caresse secrètement le sadique désir de voir les autres en chier un peu, au moins autant que ta mère quand tu lui as limé le vagin en pesant 3,8kg à ta naissance, comme j’en ai chié parce qu’une fois sorti de la sclérosante sphère intellectuelle que constitue la prépa, on n’en fout plus du tout plein la vue quand on dit qu’on a été en khâgne. Bien au contraire, au vu des deux-trois réponses aussi lapidaires que catégoriques qui se battent en duel que j’ai reçues en réponse à quelques centaines de CV que j’ai déposé pour trouver un job et payer mon loyer estival, j’ai bien l’impression que les amateurs de lettres passent dans le milieu professionnel pour de bons gros handicapés du cul qui ne savent rien faire de leurs deux mains (oui je sais que vous savez faire un truc mais je ne pensais pas à ça vous avez vraiment l’esprit mal placé bande de gros porcs). Reste plus qu’à redescendre lentement mais sûrement, cruellement mais inexorablement parce que contrairement aux boniments qu’on nous a fait avalé, on aura pas plus de ronds que les autres. Tout ce qu’on a gagné au fond, c’est d’avoir besoin de se foutre une mine monumentale à en vomir sa race maudite d’un tantinet besoin de plus de verres pour que le bras vicieux de la culpabilité ne puisse plus nous atteindre.

                            

L’on en arrive donc à un deuxième paradoxe -là encore, on s’refait pas-, c’est que l’on pousse un peu mémé dans les orties et des gens à aller toujours plus loin, un peu plus près des étoiles au jardin de lumière et d’argent pour oublier les rivages brûlants, on les exhorte à s’adonner pleinement à leur passion et à en vouloir toujours plus, pour qu’ils se prennent finalement la claque de leur vie quand, arrivés à leur cinquième année d’étude, ils comprennent qu’au lieu de taxer leurs camarades des bacs professionnels de profond débilisme parce qu’ils multiplient les génocides orthographiques dans les textos, ils auraient mieux fait de suivre la même trajectoire qu’eux et ne pas péter plus haut que leur cul. Parce que quand on me répond « Tu sais, c’est bien mais il faut bien bouffer plus tard » moi j’entends « Espèce de petit connard prétentieux, au lieu de te la jouer philosophe miteux ferme bien ta petite gueule et va vendre ton cul si tu veux payer ton appart minable ».

Je ne trouve pas de conclusion à mon impitoyable pétage de vos cerveaux à l’AK47 mon article relativement incendiaire et emprunt de pessimisme et c’est sans doute parce qu’il n’y en a pas. Je suis juste aussi rongé par le stress que ta sœur l’est par la cellulite et entends seulement vous faire prendre conscience, courageux étudiants pourvus d’un mental de fer, que notre société est un bourbier aux profondeurs insondables où tu peux toujours tomber plus bas que nous allons autant galérer que les connasses qui vont voir Christina pour trouver deux fringues qui vont ensemble pour se payer une cage à poules à Paris que nous devons garder courage et ne pas perdre espoir car nous en aurons grand besoin pour survivre dans ce monde de scélérats.

Risibles amours

En ces chauds jours d’été placés sous le signe d’une canicule perverse, où les nibards débordent copieusement de maillots de bain bien trop petits pour eux pour répondre à des torses où perlent lascivement des gouttes d’huile de monoï et dont la vulgarité n’a d’égal que la beaufitude, j’ai décidé d’employer toute la sensualité littéraire dont vous me savez pourvu pour évoquer les plans cul folles amours auxquelles nous nous abandonnons avec autant de masochisme que les héros de Jackass se lattent la gueule.

Vous l’aurez deviné, le titre même de l’article (qui, je tiens à le préciser parce que l’on m’en a fait la remarque, est une référence au roman de Kundera avant d’en être une à la musique de Nekfeu puisque je m’intéresse beaucoup à la littérature tchèque contemporaine qui je trouve est d’une richesse infinie suis tombé sur ce roman qui traînait dans les tréfonds poussiéreux de ma bibliothèque et ai cru que c’était un bouquin de cul) témoigne d’une vision sinon cynique, tout au moins relativement pessimiste de la relation amoureuse à l’ère moderne, véritable bérézina sentimentale la plupart du temps puisqu’elle n’a jamais su faire autant preuve d’égoïsme et de complexité qu’aujourd’hui.

Dans une société où tout est tellement socialement filtré qu’il suffit de la malencontreuse substitution d’un « y » au « r » à la fin d’un verbe à l’infinitif pour se voir être relégué au rang de cas social et dévaler les échelons sur les chapeaux de roue, il est clair qu’il est très difficile de trouver l’âme sœur, en dépit de ce que clament les slogans de meetic et d’adopteunmec.com. Je ne compte pas me borner ici à répéter que la société façonne nos goûts et que nous paumons peu à peu notre mystère puisque cela tombe sous le sens. Mais dans une société où le prisme social est si incisif qu’il est inconcevable de voir une émo à mèches roses se taper un hippie à dreadlocks, où par conséquent, notre panorama social n’a jamais été aussi étendu en même temps que notre nombre de prétendants potentiels réduit, la relation amoureuse est essentiellement un nid à emmerdes.

Or l’amour est par essence social dans la mesure où il est par essence contre-nature. Il est évident que les australopithèques étaient de gros queutards qui baisaient avec tout ce qui bouge et qu’ils cherchaient bien davantage des guenons pour satisfaire leurs besoins sexuels que pour partager avec ces canons un film sous la couette avec des pop-corns. Le paradoxe, c’est que c’est ce même regard social, un peu plus insupportable d’heure en heure, qui en limite et anéantit les vertus.

Au risque de témoigner d’une vision outrancièrement pessimiste de l’amitié et de prendre la bonne pensée à revers et à rebrousse-poil, je suis convaincu que le choix de nos amis n’est jamais que purement contingent et que loin d’être les heureux élus, ils sont nos amis simplement parce qu’ils furent un jour au bon endroit au bon moment (ou au mauvais endroit au mauvais moment, c’est selon). Par conséquent, nous ne choisissons nos amis qu’en fonction de l’image que l’on souhaite renvoyer de nous-mêmes actuellement, certes inconsciemment et si triste que cela puisse paraître, et nous en changeons sitôt qu’à cette image paradigmatique s’en substitue une autre (encore une fois, je parle des relations chez les jeunes). Sur ce point, les petits naïfs que vous êtes vont sans doute tenter vainement de me contredire en occultant niaisement le fait que je sois indestructible (mdrrr’) mais mettons que je devienne un émo (même si je doute fortement que le fait de s’improviser émo féru de Marilyn Manson à 20 ans existe mais admettons), il est évident que je vais davantage me tourner vers mes paradoxaux homologues amateurs de lentilles de contact dégueulasses et de colliers de chiens qui voient dans le malheur le bonheur que vers ces imbéciles d’hippies qui collectionnent ces immondes pantalons à caca que l’on nomme « sarrouels ».

Le problème c’est que je pense qu’il en va de même avec la personne à laquelle on attribue tous ces qualificatifs ridicules que sont « bébé », « chaton », « loulou » ou « grosse merde » et que d’une manière ou d’une autre, et encore une fois inconsciemment, ils ne servent jamais qu’à souligner un peu plus les contours de l’image que nous revêtons (oui je sais, ce mot est gore comme ta mère en porte-jarretelles) et ne sont par définition que temporaires. En d’autres termes, je pense que plus le poids du regard des autres est important et déterminant, plus la relation sert la réputation. D’où par exemple l’émergence d’une culture de connards consanguins dont l’attribution du qualificatif de « meuf » à leur copine, le largage de cette dernière par texto le jour de son anniversaire, son humiliation auprès de leurs potes et un goût prononcé pour « toucher la chatte à la voisine » constituent les maîtres-mots. Comme si traîner sa promise dans la boue était valorisant…

Éclairant est le fait les minettes préfèrent sortir avec des mecs plus âgés qui, du haut de leur âge mûr, peuvent les éblouir avec leur mastercard et leur permis tandis que les gens plus âgés préfèrent sortir avec des plus jeunes. Dans la mesure où l’on veut toujours ce qu’on a pas, et que les plus jeunes veulent se vieillir cependant que les plus vieux usent et abusent des crèmes anti-rides, il s’agit là d’une preuve flagrante que l’autre, dans la relation amoureuse, participe de plus en plus de la valorisation de soi-même.

La première fois que je me suis fait larguer, je me rappelle avoir trouvé frappant qu’il n’y ait pas de prévention dans ce domaine… Sans déconner, à l’instar des jeux vidéos trop violents pour nous, la relation amoureuse chez les jeunes devrait être marquée d’un 18 barré. Se faire larguer deux semaines avant un examen est largement aussi dévastateur qu’abuser des pétards et de l’alcool. Au contraire notre société voue un culte à la relation amoureuse et l’obsession pour le regard social donne le ton d’une période où être puceau à 16 ans est vu comme la pire des malédictions et où faire du 85B à 18 ans est vécu comme une condamnation d’avance à finir au couvent.

Chose au demeurant aussi absurde que désolante puisque l’on cherche du coup tous à s’encombrer de relations essentiellement infructueuses et vaines à tout prix pour rentrer dans le moule quand elles nous appauvrissent plus qu’elles ne nous enrichissent. Se claquemurer dans la routine dès ses 16 ans et s’enferrer dans un train-train aussi insignifiant est selon mon humble avis une connerie sans nom. Pour espérer trouver quelqu’un d’autre que l’on aimera pour ce qu’il est avant de l’aimer pour ce que nous sommes potentiellement, il faut être sacrément mûr, assez à tout le moins pour ne plus vouloir se catégoriser et se répertorier Assez pour, au mieux ne plus se donner d’image, au pire s’en donner une protéiforme. En fait il faut être assez mûr pour ne plus trier d’emblée et sur le volet ses prétendants potentiels.

Je ne dis pas qu’agrémenter sa vie étudiante de quelques amourettes ne soit pas enrichissant, c’est un passage obligé : les coups d’un soir, les sinistres réveils avec le cœur lourd et les béguins passagers de la fin de l’été sont autant d’expériences étonnamment utiles pour se forger un peu l’esprit et se polir le mental. Pourtant je pense que voir dans ces expériences davantage qu’une amourette et s’astreindre à une routine étriquée dans la fleur de l’âge, c’est stopper sa maturation intellectuelle, c’est annihiler son développement moral. Il est bon de rester avec quelqu’un quand il y a une plus-value, quand on veut être deux au lieu d’être un, non quand on veut être un à deux. Au fond, vouloir s’oublier et appartenir à sa moitié si tôt n’est jamais qu’une pulsion régressive. Apprendre à être un peu indépendant, supporter un tant soit peu le poids de la solitude dans une société aussi oppressante et marche ou crève que tend à le devenir la nôtre, c’est selon mon point de vue tout aussi capital qu’apprendre à ne plus se laisser marcher sur les pieds par les connards consanguins évoqués ci-dessus.

Sans doute qu’un des buts de la vie doit être d’aimer le plus possible, de donner lieu au plus de « cristallisations » possibles selon le mot de Stendhal (la « cristallisation » en gros, c’est le fait d’attribuer toutes les perfections à l’être aimé) mais le problème c’est que quand on reste avec quelqu’un parce que l’on est englué dans sa routine, que l’on n’a plus les couilles de larguer la personne et qu’on est terrorisé à l’idée de se retrouver seul, on perd au change puisque l’édifice amoureux ne tient alors qu’autant qu’il est sous-tendu par l’habitude. Il ne s’agit plus que d’un funeste dépérissement sentimental qui appauvrit bien plus qu’il n’enrichit.

Alors, à toutes les pépètes qui voient leur petit monde s’effondrer parce qu’elles voyaient en ce bourreau des cœurs de Kévin l’homme avec qui elles élèveraient Kimberly et David: modérez vos ardeurs. Au fond, Kee333v vous a rendu service. Multipliez plutôt les aventures et abandonnez-vous aux délices du badinage, et si ces cinq mecs un peu chelou vous proposent d’aller faire un tour dans la backroom pour discuter parce qu’il y a trop de bruit ici, ne voyez pas le mal partout et suivez les, à tous les coups ils veulent innocemment parler littérature avec vous.

Règles pour la direction de l’esprit

En ce beau jour de juillet où la chaleur est telle qu’outre qu’elle augmente considérablement ma consommation d’électricité (ventilateur oblige) et réduit abondamment l’espérance de vie des mamies (qui n’ont jamais été aussi susceptibles de canner comme du pain sec), j’ai décidé de me montrer original, même si j’outrepasse audacieusement les limites thématiques posées par les autres articles de mon blog de fdp. Aussi, je me sens tellement pousser des ailes que j’ai décidé de démontrer le bien-fondé des conneries totalement infondées des étudiants et plus généralement de toute espèce qui collectionne autant les MST que ta mère les râteaux s’évertue à faire de sa vie un merdier sans nom.

Ça n’a pas du vous échapper, j’ai un faible pour les répétitions lexicales (vous n’avez pas pu ne pas remarquer que je case encore plus de fois « éhontément », « outrancièrement » et « force est de constater » dans chacun de mes articles que Sarkozy fait un mouvement d’épaules à la Jay-Z dans ses discours) mais j’affectionne également beaucoup les redondances thématiques. Ainsi je répète (De toute façon je suis à peu près certain que, enfants de sodomites petits galopins que vous êtes, vous vous êtes outrageusement arrêtés à la lecture de mon blog juste après « Sodome et Gomorrhe » et que, par conséquent, vous avez plutôt intérêt à aller lire la suite si vous ne voulez pas tâter de cette merveilleuse invention vous n’avez pas encore pu noter la précarité de mon stock de réflexions philosophiques, ce qui, remarquez, me permet au moins d’impudemment les recaser ni vu ni connu) que je suis intimement convaincu que ce sont les expériences qui font le junkie SDF sage.

J’ai très longtemps revêtu l’image du je-m’en-foutiste invétéré avec une rigueur qui aurait fait pâlir plus d’un mathématicien, image qui a fini par me coller à la peau comme une tunique de Déjanire si je me fie aux difficultés que j’ai rencontrées à enfin me foutre au boulot. Pourtant je viens de passer deux ans à ne strictement rien branler au fond d’une salle à me foutre de la gueule des boules de la classe sans merci tout en me gavant de smarties à travailler sans relâche au premier rang de ma classe tout en prenant bien consciencieusement des notes pour les relire chaque soir en rentrant sans même jeter un coup d’œil au pot de nutella. Loin de moi l’idée de me lancer des fleurs mais indéniablement j’étais assez mal parti pour emprunter la voie de la raison puisque mon adolescence semée d’embûches aussi invincibles que les douze travaux d’Héraclès a fait de moi un petit con qui faisait péter une bonne partie de ses cours et se rendait aux autres complètement fonscar. (Peu s’en fallut d’ailleurs que je ne fusse impitoyablement renvoyé chez moi quelques jours par ce diablotin de CPE). Pour autant, et c’est d’ailleurs assez dommage, je mettrais ma main à couper que c’est seulement parce que j’ai mis tout mon soin à multiplier toutes les conneries possibles et inimaginables que je suis finalement devenu quelqu’un de stable sérieux studieux raisonnable plus assidu. Plus sérieusement, je pense sincèrement que ces conneries m’ont finalement apporté quelque chose et ne sont pas totalement étrangères au fait que j’aie trouvé ma vocation.

Il s’ensuit qu’il est étonnamment pour moi très sain de faire de la merde dans la mesure où c’est seulement ainsi que l’on prend conscience qu’il vaut mieux ne pas en faire. En fait je suis peu ou prou en train d’appliquer la « ruse de la raison » dont parlait Hegel au microcosme au lieu de l’appliquer au macrocosme (pas besoin de connaître ce point pour comprendre l’article, je dois avouer que c’est davantage pour l’effet paillette qu’autre chose). Se rendre compte que l’on a été un petit merdeux, avoir honte de s’être enlisé dans les plaisirs faciles, de s’être embourbé dans l’ivresse de la luxure et d’avoir pataugé dans la volupté de l’oisiveté, c’est désirer rationnellement ne plus le faire et c’est par conséquent bon signe.

Le manitou de la philosophie, le maître incontesté de la littérature et plus généralement le champion toute catégories qu’est Proust écrivait ainsi qu’« il n’y a pas d’homme si sage qu’il soit (…) qu’il n’ait à telle époque de sa jeunesse prononcé des paroles, ou même mené une vie, dont le souvenir ne lui soit désagréable et qu’il souhaiterait être aboli. Mais il ne doit absolument pas le regretter, parce qu’il ne peut être assuré d’être devenu un sage, dans la mesure où cela est possible, que s’il a passé par toutes les incarnations ridicules ou odieuses qui doivent précéder cette dernière incarnation-là. ». Citation qui, en plus de faire déculpabiliser les bâtards de leur mère gais-lurons que nous sommes quand ils songent aussi mélancoliquement qu’honteusement aux diverses orgies auxquelles ils se sont livrés, est criante de vérité.

Je me souviens avoir eu à traiter le sujet « L’imbécile heureux est-il un défi au sage ? » en terminale (dissertation où, soit dit en passant, j’ai pu poser mes couilles sur la table et montrer qui étais le patron puisque j’ai obtenu un 15 <3, ce qui m’amène d’ailleurs à constater non sans amertume que : RIP mes notes de philo en terminale), dissertation dans laquelle j’avais fini par conclure que oui, l’imbécile heureux était un défi au sage, avouant implicitement être prêt à troquer le peu de réflexion dont pouvait se targuer mon cerveau contre le regard vide et hagard de mon chien. C’est seulement deux ans plus tard, un tout petit peu plus mûr et légèrement moins mongoloïde que je comprends que pour rien au monde on ne peut désirer être un imbécile heureux. Ce qui nous différencie de nos homologues relativement plus carnivores, c’est que nous sommes dotés d’une raison dont on ne saurait nier les apports, si pénibles fussent-ils parfois. Pour cette raison, il vaut mieux, et de loin, être un humain malheureux qu’un veau qui voit la vie en rose quand il le prend dans ses bras qu’il lui parle tout bas. Si c’est, comme je le pense, l’expérience de la vie qui forge l’intelligence, qui cisèle l’ouverture d’esprit et qui taille la compréhension, c’est elle qu’il faut développer pour devenir le big boss des humains.

Plus convaincu que jamais que « l’existence précède l’essence », et ce, radicalement, je pense que le but premier de la vie doit être de se couler dans le plus grand nombre de moules possibles, de se frotter aux plus d’hybridations, de devenir le plus monstrueux et par conséquent, et paradoxalement, le plus inhumain. L’être humain le plus protéiforme est celui qui ressemble le plus à ta mamie en bikini peut explorer le plus de recoins de notre planète et s’approcher le plus d’une ouverture à 360 degrés de son monde.

En fait, tout se passe comme si nous étions, sur la ligne de départ, réductibles à une pâte à modeler sans qualité aucune, et que notre personnalité était la somme de nos réactions face aux événements de notre vie. Nous ne sommes strictement rien à l’origine, rien à tout le moins qui soit susceptible de nous faire sortir du lot. Ce sont le feuilleté de notre vie et les strates de notre existence qui construisent entièrement notre identité. On ne naît pas humain, on le devient. Il s’ensuit logiquement qu’aucun d’entre nous n’est un sage dès les starting blocks et que personne ne peut faire le bien toute sa vie. Tout ce que, de mon humble point de vue, peuvent récolter les parents qui tirent ce démoniaque petit bâtard qu’ils auraient mieux fait de foutre au congélo leur gosse dans une seule direction à bout de bras, c’est de les voir tôt ou tard bifurquer impunément dans l’autre direction tout en accompagnant leur décision d’un bras d’honneur peu gracieux. Autrement dit, tout n’est qu’une question de dosage.

Par conséquent laissez vos gosses faire de la merde, ça leur évitera de devenir plus tard de dangereux sociopathes tueurs en série ou cambrioleurs incorrigibles rien que pour réaliser de manière bien moins acceptable socialement les conneries qu’on les a privé de faire étant plus jeunes. Si cette petite sotte de Marguerite vous somme de regarder comme elle vole bien, laissez la donc aller se fracasser le crâne trente mètres plus bas, et je peux vous assurer que de sa chute, elle ne se relèvera que plus forte. Ainsi en va-t-il également de ce petit idiot de Théophile: s’il pense pouvoir respirer sous l’eau, attachez un bloc de béton à la cheville de cet impudent et regardez le s’enfoncer dans les profondeurs abyssales de l’océan indien. Son expérience de la vie n’en sera qu’enrichie dans la mesure où il comprendra ensuite, et ce rationnellement, qu’il ne doit plus le faire.

Il va de soi que ce n’est pas du haut de mes vingt ans que je vais me permettre de donner des leçons sur l’éducation des enfants. A peine sorti du tunnel intellectuel de l’adolescence, je suis assez mal placé pour en juger. En attendant je pense qu’en matière d’éducation, c’est le libéralisme qu’il faut appliquer : il faut se borner à expliquer à ces petits freluquets pourquoi certains de leurs actes sont socialement acceptables et d’autres non, mais les laisser se foutre dans le pétrin si le cœur leur en dit.

Tout un chacun peut adopter les positions d’autrui sans les juger, il suffit pour cela d’un minimum d’esprit critique. Mais nous ne sommes pas aussi souples en fait de sentiments et ne pouvons comprendre ce que l’on ne ressent pas que par opposition. « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger » certes, mais la compréhension qui ne provient pas de l’expérience, n’est jamais que reconductible à une opération purement spirituelle. Ce n’est pas parce que l’on m’a dit toute ma vie de me mettre à bosser que je suis finalement parvenu à me sortir les doigts du cul, c’est parce que j’ai fini par comprendre, rationnellement, que j’étais plus heureux en remplissant mes journées avec des activités constructives que sans.

Je ne dis pas qu’il faille à tout prix vivre dangereusement, je dis que ne jamais vivre dangereusement, ce n’est pas vivre. Partant je pense qu’il vaut mieux se vautrer face contre terre dans la vie, s’y coucher de tout son long et s’y étaler de tout son corps que la survoler, que celui qui, si curieusement que cela puisse paraître, se confronte à elle bien horizontalement a d’autant plus de mérite qu’il l’a vécue.